Tout commence en 2012, presque par hasard.
Une amie demande à Sylvia Greif si elle aimerait en savoir davantage sur son adoption et, peut-être, découvrir des informations sur sa mère biologique.
Sylvia accepte.
Elle ne sait alors absolument pas que cette simple réponse va ouvrir une porte sur une histoire qui bouleversera profondément la perception de son passé et deviendra, plusieurs années plus tard, le point de départ du documentaire de Sylvia Greif aujourd’hui en cours de finalisation.
La première surprise est totale : les recherches n’apportent finalement aucune réponse sur sa mère biologique.
Elles conduisent ailleurs.
Vers sa mère adoptive.
Et vers un passé dont Sylvia ignorait jusqu’alors presque tout.
Des documents difficiles à croire
Au fil des premières recherches apparaissent des documents et des télégrammes.
Ce qu’ils semblent raconter paraît tellement invraisemblable à Sylvia qu’elle peine à y croire.
Ce n’est pas du tout l’histoire qu’elle était venue chercher.
Elle découvre soudain une autre facette de la vie de sa mère, un passé jusque-là resté dans l’ombre et dont elle n’avait jamais eu connaissance.
À cette époque, sa mère est encore en vie.
Sylvia décide alors de ne pas aller plus loin.
Elle referme cette porte.
Certaines découvertes sont probablement trop importantes pour être affrontées au moment où elles surgissent. Sylvia choisit de respecter ce silence et de laisser cette histoire là où elle se trouve.
Du moins le croit-elle.
Des années plus tard, l’histoire ressurgit
Après le décès de sa mère, l’amie qui avait entrepris les premières recherches revient vers elle.
Elle n’a jamais réellement abandonné l’enquête.
Et ce qu’elle a découvert depuis dépasse encore ce qui avait été révélé lors des premières recherches.
Cette fois, elle pose une nouvelle question à Sylvia :
Est-elle prête à entendre la suite ?
Et surtout : veut-elle savoir jusqu’où cette histoire peut conduire ?
Sylvia accepte.
Commence alors une enquête qui va peu à peu dépasser tout ce qu’elle aurait pu imaginer.
De l’histoire de sa mère à sa propre histoire
Au départ, Sylvia pense rechercher le passé de sa mère.
Mais plus elle avance, plus la nature de sa quête change.
Reconstituer la vie de ses parents signifie aussi interroger sa propre histoire.
Que savait-elle réellement de ceux qui l’ont élevée ?
Quels événements ont précédé son enfance ?
Et de quelle manière un passé familial dont elle ignorait l’existence a-t-il pu, consciemment ou inconsciemment, laisser une trace dans sa propre vie ?
Le documentaire de Sylvia Greif devient progressivement bien davantage qu’une enquête historique.
Il devient une quête identitaire.
Une recherche sur les origines, la mémoire et la transmission.
Et finalement, une recherche sur elle-même.
Une histoire qui traverse les frontières et les décennies
Au fil de l’enquête, les découvertes ouvrent les portes d’un monde que Sylvia n’avait jamais soupçonné.
L’histoire familiale traverse les pays et les décennies.
Elle croise des contextes politiques et historiques majeurs et conduit vers des univers habituellement associés aux récits d’espionnage : réseaux de renseignement, pouvoir politique, opérations clandestines et événements ayant marqué l’histoire de plusieurs pays.
Les recherches font notamment apparaître des ramifications en Amérique latine, dans un contexte où se croisent coups d’État, intérêts géopolitiques et opérations menées dans l’ombre.
Mais derrière la dimension presque romanesque de cette enquête demeure une question beaucoup plus intime : qui étaient réellement ses parents ?
C’est cette interrogation qui donne au projet sa force.
L’Histoire avec un grand H rencontre soudain une histoire familiale.
Quand naissent ensemble le documentaire et la photographie
C’est à peu près au même moment que commencent à se développer deux projets qui vont devenir essentiels dans le parcours de Sylvia : son documentaire et son travail photographique.
Ils naissent d’une même période de sa vie, mais Sylvia ressent rapidement le besoin de les séparer.
Le documentaire exige une enquête.
Il faut retrouver des documents, confronter les informations, suivre des pistes, reconstruire une chronologie et tenter de comprendre des événements parfois très éloignés dans le temps et dans l’espace.
La photographie répond à un tout autre besoin.
Elle permet de sortir de l’enquête.
La photographie comme espace de respiration
Face à l’intensité des découvertes, photographier devient pour Sylvia une façon de prendre de la distance.
Elle marche.
Elle voyage.
Elle regarde.
Elle photographie un paysage, une silhouette, un animal, une architecture ou simplement un détail qui retient son attention.
Ses images ne cherchent surtout pas à illustrer le documentaire.
Elles suivent leur propre chemin.
Mais nécessairement, quelque chose de ce que Sylvia traverse se retrouve dans son regard.
Les silences, les absences, la solitude, les rencontres ou les traces du passé entrent en résonance avec les questions qu’elle se pose.
Là où le documentaire tente de reconstituer une histoire enfouie, la photographie lui permet de traduire autrement ce qu’elle ressent.
Deux récits parallèles
On pourrait ainsi considérer les photographies réalisées durant ces années comme une sorte de journal visuel parallèle.
D’un côté, l’enquête avance de document en document, de témoignage en témoignage.
De l’autre, les photographies enregistrent quelque chose de beaucoup plus intérieur.
Une émotion.
Une solitude.
Une rencontre.
Un instant suspendu.
C’est aussi ce qui permet de mieux comprendre les séries I Walk Alone, I Walk With You et I Walk Animals.
La marche et le voyage deviennent une autre manière de poursuivre la quête.
Non plus en cherchant des preuves ou des réponses, mais simplement en regardant le monde.
Une quête qui continue
Le documentaire de Sylvia Greif est aujourd’hui en cours de finalisation.
Mais l’histoire qu’il raconte ne se résume pas à la découverte d’un passé extraordinaire.
Elle raconte aussi ce qui se produit lorsqu’une personne découvre, des décennies plus tard, que l’histoire familiale qu’elle croyait connaître n’était qu’une partie de la réalité.
Une recherche commencée par une question sur une mère biologique a finalement conduit Sylvia vers l’histoire secrète de ses parents.
Puis vers sa propre histoire.
Et enfin vers une interrogation beaucoup plus universelle :
dans quelle mesure les histoires de ceux qui nous ont précédés continuent-elles à vivre en nous, même lorsque nous les ignorons ?
Cette quête irrigue aujourd’hui une partie du travail artistique de Sylvia Greif.
Du 22 octobre au 6 novembre 2026, son exposition à la Galerie des Orfèvres, 23 place Dauphine à Paris, permettra de découvrir l’autre versant de cette aventure : les images nées au fil de ces années de voyages, de questionnements et de découvertes.
Vernissage jeudi 22 octobre à partir de 18h, en présence de l’artiste.
Exposition organisée par la Galerie des Orfèvres et Mars Digital Conseil.

